Visite du Pape Léon XIV en France – Arnaud Gallais solicite une rencontre

Visite du Pape en France . À la suite de l’annonce du Pape de sa volonté de rencontrer des victimes de pédocriminalité, Arnaud Gallais, président de MOUV’Enfants, lui-même victime de viols commis par un prêtre lorsqu’il était enfant et dont le dossier fait partie des 22 signalements à la justice effectués par la CIASE, demande officiellement l’appui du président de la République pour pouvoir faire partie des victimes reçues.

Au-delà de cette rencontre, Mouv’Enfants demande à Emmanuel Macron de profiter de la venue du Pape, qui est aussi chef d’État, pour exiger des engagements concrets face aux 330 000 victimes révélées par la CIASE : une obligation de résultat dans tous les lieux accueillant des enfants, notamment ceux dépendant de l’Église ; l’ouverture des archives ; et une réponse institutionnelle à la hauteur de violences commises à une telle échelle.

LE PAPE VEUT RENCONTRER LES VICTIMES : NOUS RÉPONDONS A CET APPEL

Le Pape a annoncé sa volonté de rencontrer des personnes victimes de pédocriminalité.

Mouv’Enfants prend acte de cette annonce et considère que cette rencontre doit permettre d’entendre des victimes dans la diversité de leurs parcours, mais également celles et ceux qui, au-delà de leur histoire personnelle, sont aujourd’hui engagés pour transformer les politiques de protection des enfants.

C’est dans ce contexte précis qu’Arnaud Gallais a écrit au président de la République et sollicité son appui afin de pouvoir faire partie des personnes reçues par le Pape.

Cette demande n’est donc pas celle d’une rencontre symbolique.

Elle est une demande de dialogue, de vérité et d’engagements.

330 VICTIMES, NOUS NE POUVONS PAS TOURNER LA PAGE

330 000…C’est l’estimation du nombre de personnes victimes de violences sexuelles lorsqu’elles étaient mineures, commises depuis 1950 par des clercs, religieux ou personnes en lien avec l’Église catholique, selon les travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE).

330 000 victimes en 70 ans, c’est près de 13 enfants victimes par jour.

Et pourtant, les affaires continuent d’émerger. Régulièrement, de nouvelles révélations, enquêtes, témoignages ou procédures viennent rappeler que la question des violences sexuelles au sein de l’Église ne peut pas être considérée comme une page définitivement tournée.

L’affaire de Bétharram l’a encore démontré avec une violence particulière : derrière les rapports et les chiffres, il y a des enfants qui ont parlé, des adultes qui n’ont pas voulu entendre, des institutions qui n’ont pas suffisamment protégé et des victimes qui attendent parfois plusieurs décennies avant que leur parole soit reconnue.

 » J’AI ÉTÉ VIOLÉ À CINQ REPRISES PAR UN PRÊTRE ENTRE MES 8 ANS ET MES 11 ANS « 

Pour Arnaud Gallais, président de MOUV’Enfants, cette demande de rencontre est aussi profondément personnelle.

« J’ai été violé à cinq reprises, entre mes 8 et mes 11 ans, par le père Rémi Laurendeau. Ces faits ont été reconnus. Mon dossier fait partie des 22 situations ayant donné lieu à un signalement à la justice par la CIASE. »

Une démarche de réparation a ensuite été engagée au sein de l’Église. Mais cette réparation s’est elle-même révélée profondément douloureuse.

Dans ce cadre, Arnaud Gallais a notamment été amené à rencontrer le père Jean-Marie Petitclerc, figure des Salésiens de Don Bosco, qui avait côtoyé pendant plusieurs années son agresseur à Épron, en Normandie.

Ce n’est qu’après cette rencontre qu’Arnaud Gallais a découvert que Jean-Marie Petitclerc avait lui-même été concerné par plusieurs procédures judiciaires relatives à des faits dénoncés sur des mineurs, dont certaines avaient abouti à des non-lieux. Dans une autre affaire, des faits initialement qualifiés d’agressions sexuelles ont finalement été requalifiés en voyeurisme, qualification sous laquelle il a été condamné.

Une situation d’autant plus incompréhensible qu’il occupait parallèlement une position de référence sur les questions de violences sexuelles faites aux enfants au sein de sa congrégation.

« Comment peut-on parler de réparation lorsque la victime n’est même pas assurée que les personnes auxquelles l’institution la confie ont fait l’objet de toutes les vérifications nécessaires ? La réparation ne doit jamais devenir une nouvelle violence institutionnelle. »

EMMANUEL MACRON DOIT SOUTENIR CETTE RENCONTRE, MAIS AUSSI DEMANDER DES COMPTES

À la suite de l’annonce du Pape de son souhait de rencontrer des victimes de pédocriminalité, Arnaud Gallais adresse donc une lettre au président de la République afin de solliciter officiellement son appui pour faire partie des personnes reçues.

Lire la lettre intégrale d’Arnaud Gallais à Emmanuel Macron


Mais MOUV’Enfants demande à Emmanuel Macron d’aller plus loin :

Le Pape est une autorité spirituelle, mais il est également un chef d’État.

Sa venue et ses échanges avec le président de la République doivent donc permettre de poser, au plus haut niveau, la question de la responsabilité de l’Église et des garanties apportées aujourd’hui aux enfants.

MOUV’Enfants demande au président de la République de porter trois exigences :

Tout lieu accueillant des enfants doit garantir effectivement leur sécurité.

Écoles, internats, mouvements de jeunesse, établissements sociaux ou médico-sociaux, structures sportives ou religieuses : nous devons passer d’une obligation de moyens à une véritable obligation de résultat en matière de protection des enfants.

Cette exigence doit évidemment s’appliquer à tous les établissements et structures dépendant directement ou indirectement de l’Église catholique.

La vérité ne peut dépendre de la bonne volonté des institutions.

MOUV’Enfants demande une ouverture et une accessibilité effectives des archives susceptibles de documenter les violences commises sur des enfants, les alertes reçues, leur traitement institutionnel ainsi que les éventuelles décisions prises concernant des auteurs mis en cause.

Les victimes ont le droit de connaître leur histoire. La justice doit pouvoir travailler. La société doit pouvoir comprendre les mécanismes qui ont rendu ces violences possibles.

330 000 victimes en 70 ans c’est près de 13 enfants chaque jour.

À cette échelle, nous ne parlons plus d’une succession de faits divers ou de comportements individuels : Nous parlons d’une violence de masse.

MOUV’Enfants considère que l’ampleur de ces violences impose d’interroger les responsabilités institutionnelles et les réponses juridiques, politiques, mémorielles et réparatrices apportées.

La question de la qualification de crime contre l’humanité doit notamment pouvoir être juridiquement posée et expertisée.

« Je veux rencontrer le Pape pour lui demander quelles garanties il apporte désormais aux enfants »

Pour Arnaud Gallais :

« Le Pape a annoncé vouloir rencontrer des victimes de pédocriminalité. Je souhaite répondre à cette annonce. Je demande au président de la République de soutenir ma demande afin que je puisse faire partie des personnes qu’il rencontrera. »

« Je veux pouvoir lui parler comme l’enfant de 8 ans que j’étais, comme la victime dont le dossier a fait partie des 22 signalements effectués par la CIASE, mais également comme président de MOUV’Enfants et comme militant engagé aujourd’hui aux côtés de nombreuses victimes. »

« Je veux surtout pouvoir lui poser une question : après 330 000 victimes, quelles garanties l’Église catholique apporte-t-elle aujourd’hui pour que ce que nous avons vécu ne puisse plus jamais arriver à un enfant ? »

MOUV’Enfants appelle également Emmanuel Macron à saisir l’occasion de cette venue pour porter cette exigence directement auprès du Pape.

Après 330 000 victimes, les paroles et les demandes de pardon ne peuvent plus suffire.

Il faut ouvrir les archives. Il faut rendre des comptes. Il faut protéger les enfants.

Et il faut désormais une obligation de résultat.