Mouv’Enfants, c’est aussi la volonté de tisser un véritable maillage territorial pour renforcer la protection de l’enfance partout en France. Depuis deux ans, notre Caravane de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants sillonne la métropole et les outre-mer afin de fédérer les professionnel·le·s engagés.
De cette dynamique sont nés plusieurs comités locaux. Le tout premier, Mouv’Zitelli, a ouvert la voie et nous sommes heureux de vous le présenter.
À cette occasion, nous avons eu la chance d’interviewer Sylvie, bénévole au sein de Mouv’Zitelli.
Comment avez-vous connu Mouv’Enfants et ce comité local ?
J’ai connu Mouv’Enfants par la Caravane de lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants qui s’est déroulée en Corse, co-organisée par l’association C3S (Corse stratégie santé sexuelle). Je suis dans le milieu associatif depuis plus de 25 ans sur le territoire, je suis donc forcément au courant de tout ce qui s’y passe. Étant présidente d’une association à Ajaccio, je m’y suis tout de suite intéressée et j’ai voulu soutenir cette initiative en rejoignant le comité local Mouv’Zitelli.
Comment vivez-vous votre rôle de bénévole dans ce comité ?
Je suis très contente de participer à ce comité. Je travaille avec des gens que je connais, notamment avec C3S. Nous avons des actions communes. C’est une chance de travailler avec eux et je les écoute parce que c’est un domaine qu’ils connaissent mieux que moi. Je suis en totale confiance avec eux.
En quoi consiste votre engagement aujourd’hui au sein du comité ?
J’ai été baptisée marraine du comité, c’est donc plutôt une fonction symbolique, ce qui ne m’empêche pas de suivre de très près ce qu’il s’y passe. Sans être complètement imbriquée dedans, faute de temps, je donne des coups de main quand cela est nécessaire. Je suis aussi membre d’honneur de C3S, la structure qui porte ce mouvement. Il y a une vraie corrélation entre les différentes structures qui forment le tissu associatif du territoire.
Qu’avez-vous découvert ou appris en rejoignant le comité ?
J’ai surtout découvert qu’il y a beaucoup de gens qui se battent. J’ai aussi été sidérée par les chiffres astronomiques des violences sexuelles sur mineur.es, parce que bon, même si on en entend parler, je n’avais pas conscience de l’ampleur de ces violences. C’est abominable. Et on ne peut pas dire que ces chiffres soient largement diffusés.
Qu’est-ce qui vous touche le plus dans cette cause ?
C’est évidemment la protection des mineur.es. Agir pour pouvoir défendre des gamins, des ados ou de très jeunes enfants, sans défense. Si nous en tant qu’adultes on ne le fait pas, dites-moi qui va le faire ? On ne peut pas être indifférent.es à des causes comme celle-là.
Comment les gens réagissent quand vous leur parlez de votre engagement ?
Ça ne peut être que bien accueilli. En Corse, culturellement, les enfants sont précieux donc forcément c’est une cause qui touche particulièrement les gens. Mais ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas de violences sur notre territoire.
Qu’aimeriez-vous dire à d’autres personnes qui hésitent à s’engager ?
Je leur conseillerais de se rapprocher de l’association et de prendre un maximum de renseignements sur la problématique. Il faut se poser la question de l’engagement, avoir du temps à accorder et savoir ce que l’on peut apporter au combat. C’est bien de se poser des questions. Ça peut faire peur, tant en termes d’engagement que vis-à-vis de la problématique. Et c’est pour ça que je conseille vraiment aux personnes qui hésitent, d’entrer en contact avec la structure. Ce sont des gens très ouverts, et ce n’est pas parce que l’on se renseigne que l’on doit forcément s’engager immédiatement. Il faut aussi avoir conscience que l’on n’a pas besoin d’être une victime soi-même pour s’engager. C’est important que des personnes qui n’ont pas approché toutes ces horreurs prennent part au combat, ça change la donne.
En quoi ce comité fait la différence sur le terrain ?
Il y a peu de gens qui se penchent sur le sujet. Il y a effectivement le milieu de la justice qui comme vous le savez fonctionne « admirablement bien », en Corse comme ailleurs.
Que des gens puissent s’axer sur cette problématique je trouve ça génial. Même s’ils sauvent un seul enfant, c’est déjà formidable. S’intéresser à un territoire et une problématique aussi complexe, ce n’est pas facile. Avec le disfonctionnement de la justice, les plaintes qui n’aboutissent pas, ce type d’initiative peut faire bouger les choses. Certainement pas d’un coup de baguette magique, mais à terme ces combats font bouger les lignes. On sait qu’on avance à petits pas mais ça ne nous empêche pas d’avoir de l’ambition.
Un mot pour les enfants de votre territoire ?
J’aimerais les encourager à parler, à libérer la parole. Reste à savoir à qui en parler. J’espère qu’ils ont cet espace au sein de la famille mais on sait aussi qu’il y a beaucoup de violences qui sont intrafamiliales.
Interview par Gabrielle Beilleau